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Vendredi 30 juillet 2010, 06h38
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Au fil du temps : Le Prix modèle
Innocent Ebodé
 Le Comité Nobel vient peut-être de commettre une erreur. Il a décerné le Prix Nobel de la Paix à Obama. Ces Norvégiens ne voient pas plus loin que le bout de leur nez. Pourquoi choisir le président américain, et oublier tous les « faiseurs de paix » qui dirigent notre cher et beau continent ? Depuis 1902, voyez-vous ça, seul un président africain, Nelson Mandela, a eu l’honneur de remporter ce prestigieux prix. Des marches doivent être organisées à Oslo, la capitale de la Norvège, pour protester contre cette injustice centenaire qui prive nos présidents des rachitiques 800 millions de FCFA que représente cette fameuse distinction. Par Innocent Ebodé, rédacteur en chef de la Voix.
Ce n’est évidemment pas cette lilliputienne somme que convoiteraient les vainqueurs de toutes les élections présidentielles « transparentes » d’hier, d’aujourd’hui, d’avant-hier, d’après-demain, voire de tous les temps, organisées chez nous. 800 millions sont à peine suffisants pour couvrir quelques jours de vacances quelque part dans un coin chic en « métropole »… Ce sont plutôt les énormes sacrifices que nos présidents « élus » consentent tous les jours pour la paix dans leurs pays respectifs, dans le monde -et pourquoi pas dans la stratosphère- qui méritent d’être récompensés.
L’autre jour, un ami m’a raconté une scène cocasse : dans une salle climatisée d’un palace de la place, lors d’une de ces multiples cérémonies soporifiques, qu’organisent les thuriféraires de nos Princes qui sont bien sûr toujours plus beaux, plus intelligents, et plus infaillibles, un ministre a eu une sortie pour le moins, originale: Il a proposé M. Déby comme Prix Nobel de la Paix pour tous les efforts qu’il a déployés jusqu’ici dans la protection de l’environnement (Ceinture verte, etc.). Les invités, au départ, ont cru à une blague ; ils ont failli pouffer, avant de se raviser rapidement, en contenant difficilement leur hilarité. Car, ils ont compris que M. le ministre était sérieux et convaincu de sa proposition.
 Un homme d’esprit, fin connaisseur de musique, avait dit un jour, cette chose belle et juste : lorsqu’on finit d’écouter du Mozart, le silence qui suit, est encore de lui. Mais le silence qui a suivi la proposition de M. le ministre, n’avait rien de mozartien. C’était un silence chargé de gêne mêlée d’incompréhension. On est certes libre de dire que sa femme est une sainte, mais enfin, on ne peut convaincre personne que la sainteté de sa femme est susceptible d’égaler celle de la Vierge ou celle de l’épouse du Prophète. De même, on peut souhaiter que son président remporte tous les lauriers de l’univers, mais un petit bémol est nécessaire de temps en temps.
Le président est actif sur le front de l’environnement. Tout le monde le voit. Mais de là à suggérer qu’il affronte les 250 candidats présentés chaque année au Prix Nobel de la Paix, est tout de même excessif. C’est un peu comme si on demandait à des unijambistes de prendre le départ du 100 m avec Usain Bolt, le recordman du monde.
Je ne vois d’ailleurs pas comment la candidature du président serait retenue, si on prend en compte le massacre que subit la communauté des arbres de la capitale depuis des semaines. Il ne fait pas bon être un arbre à N’Djaména ces temps-ci. De plus, il est illusoire de penser que le président, qui a gagné la guerre seulement récemment, donc qui maintient une paix fragile, puisse remporter le Prix Nobel de la Paix.
Au Cameroun, certains griots professionnels, ont proposé M. Biya comme Prix Nobel pour l’issue heureuse de l’Affaire Bakassi. Certes. Mais les critères exigibles par le comité Nobel, appellent plus de rigueur. Un président qui n’est pas irréprochable en matière de gouvernance, de démocratie, et de justice sociale, est disqualifié d’office. Le Prix Nobel est incompatible avec toute forme de complaisance, de favoritisme, de piston, de monnayage, d’achat de conscience… Toutes choses qui constituent un sport continental chez nos athlètes-présidents. On subodore même que, si par impossible ils pouvaient avoir le contrôle du Prix Nobel, ils y injecteraient leurs spécialistes en bourrage d’urnes. Et, comme les tournois électoraux pollués auxquels ils ont habitué leurs peuples, les résultats du Nobel seraient chaque année, contestables. On se retrouverait ainsi avec des Prix Nobel du genre Mugabe, Kadhafi ou Tandja.
Un Prix Nobel, cela suppose un modèle à copier pour la société, un exemple à suivre pour l’humanité, une vision et un élan positifs à soutenir pour les générations présentes et futures. Il s’agit-là, du portrait-robot de Barack Hussein Obama. Cet homme, avec le Prix Nobel qu’on vient de lui décerner, a atteint une dimension quasi christique, « hadjiste », bouddhique. Ceux qui, comme l’ancien Prix Nobel de la Paix polonais Lech Walesa, estiment qu’il est prématuré de décerner la Noble distinction au locataire de la Maison Blanche, se trompent. On peut décerner le Nobel de la Paix à une personnalité pour l’œuvre qu’elle a accomplie ; on peut aussi le lui attribuer pour l’œuvre qu’elle a à accomplir.
La posture de ce fils d’Africain depuis le début de son administration, est saluée par tous les esprits objectifs épris de paix, de liberté et de justice. Le discours fondateur du Caire, dans lequel il a cité la Bible et le Coran, était un véritable pont jeté entre les civilisations. Le discours révolutionnaire d’Accra (Yes, You Can), dans lequel il a invité les Africains à se lever contre la fatalité, était un moteur destiné à carburer notre volonté et notre courage. Il était notamment aux antipodes du très arrogant et potentiellement raciste discours de Dakar, dit par Sarkozy. Pour tous ceux qui rêvent d’un monde nouveau, d’un monde meilleur, d’un monde humain, Obama est à encourager dans sa délicate mission, qui se résume à remettre la planète sur les rails. Il fallait un Prix Nobel modèle. Le Comité Nobel a fait le meilleur choix possible.
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